Le 23 janvier la SPRF organise une journée scientifique sur le thème : « Psychiatrie et Psychanalyse, Deuils et Perspectives ».
Deuils parce que la psychiatrie délaisse de plus en plus l’approche psychanalytique comme outil de compréhension de la vie psychique. Elle a même tendance à la rejeter comme le montre les dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la prise en charge des troubles du spectre autistique (TSA). Deuil aussi du côté des psychanalystes qui semblent s’être accommodés de cet éloignement, avec le risque d’un repli, voire d’une dilution et d’une invisibilité au milieu de l’efflorescence des thérapies alternatives et des « psy » de tous ordres.
Perspectives car quelques-uns résistent et s’opposent à cette approche purement descriptive, comportementaliste, athéorique comme le prétend le DSM. De nombreux cliniciens découvrent les ravages faits par l’inflation diagnostique et la course identitaire pour se revendiquer comme autiste, HPI ou TDAH, comme s’il n’y avait plus de sujet, plus de souffrance, seulement des catégorisations identifiantes qui annulent la pensée et transforment chaque trouble en handicap, négligeant le soin au profit d’une approche essentiellement adaptative.
La SPRF, avec les autres sociétés psychanalytiques faisant partie du Groupe de Contact, a décidé de s’associer au recours devant le Conseil d’Etat pour contester les recommandations de la HAS. Non pas que nous pensions que les TSA se soignent avec une cure type ! Mais parce que ces recommandations ignorent (et méprisent) toute approche psychodynamique. Une approche qui accepte de penser la relation sujet-objet, les interactions avec l’environnement, la relation des parents à leur enfant. Une approche qui reconnaisse une vie psychique, un sujet, une conflictualité, des émotions, de l’ambivalence, même quand on est autiste ! Une approche qui ne soit pas qu’un programme comportemental et éducatif.
La grande confusion vient des caricatures, de la non-distinction entre une théorie (la psychanalyse) et sa pratique dont on ne veut pas voir qu’elle se décline dans différents domaines et de différentes façons. Si la cure type est le modèle de référence, on ne peut ignorer tout ce qu’ont apporté les psychothérapies psychanalytiques, le psychodrame, les thérapies institutionnelles, les thérapies familiales. On ne peut ignorer à quel point la psychanalyse aide à penser l’humain, son tragique, sa destinée, sa « folie ».
Cette façon d’éjecter la psychanalyse du champ de la santé mentale et de la réflexion, au prétexte de dérives que l’on ne peut nier et dont il faudra avoir l’honnêteté de faire l’inventaire, est surtout le reflet d’une société pressé, numérisé, « algorithmé », refusant de penser la complexité, préférant la radicalité et les réponses immédiates.
Ce sont de très grands dangers qui guettent nos sociétés et qui vont bien au-delà de la psychiatrie et de la psychanalyse. Ils nécessitent de réagir et de se mobiliser. Sans trop tarder.
Face à cette situation que l’intelligence artificielle ne fera qu’aggraver, les sociétés de psychanalystes ne peuvent pas rester indifférentes.
