
Le Congrès des psychanalystes de langue française (CPLF) s’est déroulé à la Cité Internationale Universitaire de Paris du 14 au 16 mai 2026. Il avait pour thème Devenir de Psyché entre Narcisse et Eros.
Le CPLF fêtait ses 100 ans dans ce lieu très particulier de la Cité Internationale Universitaire qui a elle-même ouvert ses portes il y a une centaine d’années (1925). Cent ans d’institutionnalisation de la psychanalyse en France marquée par la naissance de la SPP fondée -entre autres- en 1926 par Marie Bonaparte, Eugénie Sokolnicka, René Laforgue, Edouard Pichon, Rudolph Lowenstein et, donc, cette première Conférence des psychanalystes de langue française qui se tint à Genève le 1er août 1926.
L’occasion de penser l’histoire, l’histoire de la psychanalyse. De voir ou revoir grâce à quelques vidéos les visages des pionniers, d’entendre parler d’une histoire connue et méconnue. L’histoire des origines, toujours mystérieuse, toujours mythique. Évoquer la guerre, l’occupation et ses zones grises. Évoquer les différentes scissions, dont la première, celle de 1953 avec la naissance de la Société Française de Psychanalyse fondée par Jacques Lacan et Daniel Lagache. Puis celle de 1963 (Association Psychanalytique de France), du 4ème groupe en 1969 et la naissance de la SPRF en 2005. Des scissions dans la douleur ou le tumulte mais riches de réflexions et d’élaboration pour tenter, toujours, de progresser dans la formation des analystes.
Parcourir cette longue histoire nous aide à penser nos filiations, notre devenir, les incertitudes et les querelles passées, les fragilités d’aujourd’hui et de demain. Mais assister à ce congrès c’est aussi partager avec d’autres une psychanalyse ouverte, créative, riche et toujours en prise sur les tourments du monde. Entre Narcisse ... et Éros.
L’emprise et la lutte, thèmes saillants des deux rapports, semblaient contenir toute l’actualité du moment. L’emprise technologique, la lutte intrapsychique. La lutte de psyché pour continuer d’exister et ne pas être totalement soumise à l’intelligence artificielle. La lutte pour le climat, plusieurs fois évoquée et reprise par l’historien François Hartog. Des accents pessimistes, interrogeant nos illusions sur notre devenir, notre culture, mais aussi notre rapport à la science. « Nous ne croyons pas ce que nous savons » a souligné Luc Magnenat.
Un combat entre nature et culture toujours à reprendre. La sauvagerie et la barbarie dans certaines parties du monde donnant à penser au triomphe de Narcisse sur Éros.
Mais cent ans ce n’est pas rien. Malgré les scissions, la psychanalyse est bien vivante. Sa vitalité, plus que jamais, est utile pour faire entendre un autre discours, garder une force de pensée, s’opposer aux déliaisons. Et même si nous oscillons entre mélancolie et maladie de l’idéalité, entre pessimisme et illusion, il nous faut faire entendre Éros aux mille visages. Croire dans la possibilité de lier, d’unifier, de rassembler.
Cent ans c’est presque l’âge de L’avenir d’une illusion (1927). Une illusion qui reste d’une étonnante jeunesse.
« Une illusion n’est pas la même chose qu’une erreur, elle n’est pas nécessairement une erreur » (Freud).
