Samedi 23 janvier 2027 de 9h00 à 17h00
AQNDC - 92bis, bd du Montparnasse 75014 Paris - Uniquement en présence.
ARGUMENT

Depuis quelques décennies, on observe entre la psychiatrie et la psychanalyse un divorce silencieux, invisible, dont personne ne parle à commencer par les psychanalystes, distance inversement proportionnelle à la surexposition de la psychanalyse dans les institutions de soin dans les années 70, où la théorie psychanalytique était partout et infiltrait le corpus psychiatrique. L’antipsychiatrie était passée par là. Les psychiatres avaient leur propre internat, les infirmiers un diplôme spécifique, la psychiatrie était une discipline « à part ».
Au tournant du siècle, la psychiatrie s'est tournée vers les neurosciences et les thérapies comportementales, dans un souci d’efficacité en phase avec les nouvelles valeurs sociétales, rejetant progressivement l’approche psychanalytique. Imperceptiblement, puis dans une accélération de plus en plus marquée. La psychanalyse a été reléguée du côté des sciences occultes, tandis que la psychiatrie a rejoint lentement mais sûrement la discipline qu’elle avait quittée : la neurologie. À présent la notion de Santé mentale prime, transformant la douleur psychique en troubles mentaux. Les troubles neurodéveloppementaux occupent l’espace, obérant toute référence à la vie psychique dans ses dimensions dynamique et conflictuelle. Plus d’inconscient, mais des comportements qu’il faut catégoriser, objectiver à travers l’imagerie médicale, et corriger.
Que s’est-il passé ? Pourquoi la psychiatrie a-t-elle perdu cette approche humaniste, ses liens avec l’anthropologie et la phénoménologie ? Et pourquoi la psychanalyse a-t-elle semblé se satisfaire de cette relégation alors même - faut-il le rappeler ? - que c’est à la Salpetrière, auprès de Charcot, qu’elle a pris naissance ? S’agit-il d’un divorce ou plutôt d’une dilution ?
Les tenants d’une psychanalyse omniprésente, omnisciente et idéalisée n’ont-ils pas coupé la branche sur laquelle reposaient les liens entre psychanalyse et psychiatrie en imposant une guerre de chapelles à laquelle nous avons trop souvent assisté en institution et qui se rejoue de manière inversée aujourd’hui où c’est la psychanalyse qui est invalidée et a perdu son prestige ? Dans cette lutte d'influence tout le monde est perdant car la pensée s’appauvrit de n’être multiple, comme le sujet.
Ces deux disciplines peuvent-elles rester éloignées, refusant de s’interpeller et d’être interpellées l’une par l’autre ? Certes il est plus commode et rassurant de ne pas risquer d’interroger ses certitudes, son « or pur », ne pas s’éloigner de son champ lexical ni se confronter à la complexité du sujet dans son entièreté. Mais la première victime de ce clivage est le patient. Un clivage qui renvoie à un clivage corps/psyché, véritable négation de la pulsion.
Alors ouvrons le débat et interrogeons-nous sur notre propre passivité face à ces évolutions.
Passifs, tous ne le sont pourtant pas.
Quoique de moins en moins nombreux, des psychiatres et psychologues cliniciens psychanalystes continuent de « se frotter » à la psychiatrie, proposant une analyse tant clinique qu’institutionnelle et portant une attention particulière à la spécificité de cette pratique en institution : métier à part entière à ne pas confondre avec le cadre et la technique de la cure en cabinet. Parallèlement, des services de psychiatrie et des collègues soignants font encore appel à des psychanalystes, sous forme notamment de supervisions individuelles ou de groupes de réflexion clinique, dans un croisement des approches fructueux pour chacun.
C’est pourquoi nous avons souhaité, par cette journée scientifique, interroger différentes facettes des relations qu’entretiennent la psychiatrie et la psychanalyse, comprenant certes la distance, voire la défiance, mais aussi les perspectives portées par des collègues engagés qui œuvrent avec humilité à maintenir des ponts vivants entre ces deux champs de la rencontre avec l’humain.
INTERVENANTS
- Bruno FALISSARD (Mathématicien, pédopsychiatre)
- Bernard GOLSE (Pédopsychiatre, membre APF)
- Jean-Philippe GUÉGUEN (Membre formateur SPRF)
- Ioana LAZAR (Membre affiliée SPRF)
- Roxana LAZAROVICI (AEF SPRF)
- Brigitte OUHAYOUN (Médecin cheffe du pôle PDR-P, GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences)
Participation : Plein tarif : 90€ - Analystes en formations, étudiants : 45€
